Bore-out

vs

Burn-out

Partie 3 de l'article

Les 3 contradictions du

Confinement.

Contradiction numéro 3 : bore-out versus burn-out.

La crise sans précédent dans laquelle nous sommes plongés est le révélateur de plusieurs maux intérieurs. Deux côtés de la balance qui alternent, l’un et l’autre dans un extrême opposé. Ces maux du siècle qui traduisent un véritable mal-être au travail, et contre lequel bon nombre d’entre nous ont essayé de lutter. 

         D’un côté, le burn-out, tristement célèbre tant il est répandu parmi les cadres de haut niveau, ayant souvent atteint un niveau de pression trop intense au travail. Cette pression engendre dès lors une décélération complète du niveau de performance, mais le plus inquiétant, un désintérêt complet, et atteignant toutes les sphères de l’existence. 

          Le burn-out, c’est la jonction maléfique de l’individu et du professionnel. C’est l’individu qui crie à son personnage professionnel que la pression est trop forte pour le personnage, et touche maintenant l’acteur. Nous ne sommes plus au théâtre, il n’y a plus de coulisses, le spectacle est en fait la vie réelle et malheureusement le thème est plutôt dramatique. Le burn-out, c’est une implosion littérale de tout ce que l’individu essaie d’affronter, avec les ressources dont il dispose, et qu’il ne parvient plus à gérer. Parce que son environnement ne l’y aide pas, parce qu’il est fragilisé par une situation personnelle ou une sensibilité particulière, parce qu’il ne peut appeler à l’aide dans une vie qui accumule de la pression dans chacune des sphères. 

" Le burn-out (...) La fragilité vue à l'oeil nu, créée par un monde professionnel sans pitié qui fermait les yeux sur la réalité de l'individu. "

         Et cela entraîne angoisses, dépression nerveuse, craquages, incompréhension des uns et des autres, une sorte de descente aux enfers sur lequel repose encore une certain stigmatisation. La fragilité vue à l’oeil nu, créée par un monde professionnel sans pitié qui fermait les yeux sur la réalité de l’individu. 

" A l'inverse le bore-out c'est l'ennemi de la génération en quête de sens, qui veut se sentir utile, (...) et qui ne supporte pas d'attendre. "

         A l’inverse, le bore-out, c’est la perte de sens. L’ennui. La mise au placard. L’improductivité imposée par une mauvaise organisation, une mission peu passionnante, un enjeu trop flou, et une déconnexion complète entre l’individu et ses valeurs et le professionnel et ses besoins. Le bore-out, c’est l’ennemi de la génération en quête de sens, qui veut se sentir utile, qui veut un impact immédiat, qui veut voir le fruit de son travail en temps réel et ne supporte pas d’attendre. Le bore-out, c’est travailler de façon tellement alimentaire que notre esprit se dissocie de notre corps. Le bore-out, c’est avoir perdu sens à son travail si fort que des questions existentielles se posent alors : qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi m’impose-je cela ? 

" La situation d'aujourd'hui est inédite car elle nous confine chacun face à ses deux écueils. "

          La situation d’aujourd’hui est inédite car elle nous confine chacun face à ses deux écueils. Dans un premier temps, une sollicitation qui n’a jamais été aussi permanente. Chaque manager doit désormais gérer toute son équipe, à distance, en maintenant le lien, en gérant les tâches, en facilitant le flux d’informations, et en réalisant aussi son propre travail. 

          Alors le burn-out le guette, mais guette aussi son équipe. La fusion de l’individu et du professionnel ont précisément eu lieu le jour du confinement. Au début, cela ressemblait à de douces vacances, quelque peu angoissantes, pas très dépaysantes, et avec un rythme soutenu. Mais sur la durée, les vacances n’en sont plus - n’en déplaise au calendrier scolaire. L’individu gère ses contraintes personnelles sans avoir pour autant moins de contraintes sur le personnage professionnel. Être présent aux réunions d’équipe pour ne pas donner l’impression d’en profiter, assurer sur les présentations, faire réviser ses enfants, réfléchir à la logistique pour que les enfants ne courent pas tous nus en plein Zoom avec son boss, et à la fois maintenir un intérieur suffisamment confortable pour pouvoir y travailler. Ah c’est aussi là où je dors ? Dans ce cas, il faut encore plus improviser. 

          Bref, la fusion est totale et pour les plus consciencieux / perfectionnistes / angoissés / fragiles / sensibles / débordés d’entre nous, la tâche est plus qu’ardue. La charge mentale qui pèse sur les équipes peut être importante. La pression est constante, entre un conjoint qu’on ne connait peut-être pas dans ce contexte de travail et qui soudain, devient omniprésent. Entre des amis qui n’ont pas les mêmes contraintes et qui ne comprennent pas votre charge de travail quand eux sont en vacances. Entre vous et vous-même qui vous en voulez de ne pas profiter de la vie, profiter de tout ce temps. La pression peut être constante.

          Parallèlement, la sensation d’ennui profond, de désintérêt, mais aussi la redondance et la ressemblance incroyable entre deux journées entre elles peuvent aussi poser question. Certains sont désoeuvrés, d’autres croulent sous le travail mais ne savent plus s’organiser et perdent le sens des priorités. Qui saurait exactement les garder, dans cette situation ? 

" L'enjeu du management est de veiller au niveau de pression. Suffisant pour garder l'intérêt, l'investissement, la cohésion. Minimal pour tenir compte des circonstances et tenir sur le long terme en gardant un bon état d'esprit général. "

          Et pourtant, c’est notre rôle, en tant que Cadre dirigeant, de pouvoir correctement équilibrer entre ces deux fléaux. Ménager la chèvre et le chou c’était plus simple. Mais aujourd’hui, l’enjeu du management est de veiller au niveau de pression. Suffisant pour garder l’intérêt, l’investissement, la cohésion. Minimal pour tenir compte des circonstances et tenir sur le long terme en gardant un bon état d’esprit général. Adapté dans tous les cas, car en cas de crise, l’enjeu du management est d’être suffisamment individualisé pour être compris par tous et permettre de naviguer entre le trop peu ou le pas assez.  

10 TIPS pour adapter le niveau de pression sur vos équipes 

1. Réguler vos horaires de travail et ceux de vos équipes en fixant un cadre à chacun, selon ses possibilités. Les parents d’enfants en bas âge profiteront des siestes de leurs enfants, ne pourront travailler que de cet horaire à un autre etc. 

2. Définir un canal de communication et une stratégie interne. Chez EIGHTY EIGHT, l’agence de recrutement d’élite des Cadres & Dirigeants, nous avons décidé de n’utiliser WhatsApp que pour l’informel, HangOut pour les urgences professionnelles (tu peux m’envoyer ce document tout de suite stp ?), et les mails pour les urgences qui peuvent attendre.  

3. Proposer à ceux qui le souhaitent de les aider dans leur planning. Cela peut paraître étonnant, mais trop de personnes sont laissées « à l’abandon », en supposant que parce qu’ils étaient experts dans leur métier, ils étaient obligatoirement capables d’en faire un nouveau : s’organiser eux-mêmes en tant de crise, gérer leur administratif, leurs enfants, et leurs priorités. 

4. Plus que jamais, être à l’écoute. Développer votre disponibilité, en proposant par exemple chaque jour un créneau sur lequel vous joindre pour régler les problèmes de l’équipe, afin d’avoir tout de même du temps pour avancer sur vos propres tâches. 

5. Prioriser. A situation extrême, réponse adaptée. Nous ne pouvons décemment pas maintenir les mêmes niveaux de priorité au vu des circonstances. Le business a changé reste à savoir pour combien de temps. En attendant, beaucoup de priorités n’en sont plus aujourd’hui, et nos équipes doivent le savoir. 

6. Être exemplaire. Aussi dans le recul, dans la déconnexion, dans la compréhension. En tant que manager, vous êtes humain et vous aussi avez besoin de temps, pour vous, de temps sans eux. Expliquez le, et vous verrez bien. 

7. Respecter les temps de déconnexion. Vos employés sont chez eux. Hors des horaires convenus avec eux, respectez leur temps de pause et leur droit à la déconnexion. 

8. Faites un point hebdomadaire sur leur travail. Afin de piloter, de garder à l’esprit leurs tâches, de voir si leurs priorités sont toujours d’actualité (cela change très vite et c’est okay). Et surtout de les garder motivés. 

9. Groupez vos thématiques. Si vous gérez des équipes pluri disciplinaires, fixez leur des points dédiés pour qu’ils puissent vous joindre. Cela leur permettra d’avoir une visibilité sur le moment où vous appeler, et cela leur permettra aussi d’avancer sans être bloqués sur un sujet en attendant le moment où vous pourrez répondre. . 

10. Déconnectez vous aussi. Gardez des moments de pause, pour vous et ce qui vous est cher. Vous insufflerez cette culture à votre équipe, même à distance et il vous en sauront gré. 

Emmanuelle Vandepitterie

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